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Nichole Ouellette
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Flore laurentienne

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Flore laurentienne
Frère Marie-Victorin (1885-1944)

Esquisse générale :
Index ] Plan ] Introduction ] I. ÉQUILIBRE ] FACTEURS RÉPARTITION ] Physiographie ] Physiographie ] Physiographie ] Physiographie ] Climat sud-ouest ] Climat chaud-froid ] Climat neige ] Climat floraisons ] Climat automne ] Facteur humain ] PHYTOGÉOGRAPHIE ] Région arctique ] Région hudsonienne ] Région hudsonienne ] Région laurentienne ] II. DYNAMISME ] Point de vue ] Facteurs intrinsèques ] [ Termes discontinus ] Termes discontinus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Facteurs d'élimination ] Facteurs extrinsèques ] Facteurs extrinsèques ] Conclusion ]

ESQUISSE GÉNÉRALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.

II. - DYNAMISME DE LA FLORE LAURENTIENNE.

B.  FACTEURS DYNAMIQUES INTRINSÈQUES.

1. FACTEURS D'ÉVOLUTION PROGRESSIVE.

(a) Évolution à termes discontinus. (Première de deux pages).

Il semble bien que nous avons dans la flore du Québec des traces suffisamment nettes d’évolution à termes discontinus. Deux cas seulement seront mentionnés : le cas du genre Senecio, et celui du genre Crataegus.

Le genre Senecio est bien développé au nord et à l’est du Québec, particulièrement autour du golfe Saint-Laurent. On connaît d’une manière définitive, dans cette dernière région, plusieurs espèces endémiques, avec un certain nombre de formes critiques qui restent à étudier. Les capitules de presque toutes les espèces portent des rayons assez allongés et d’un beau jaune d’or. Plusieurs espèces donnent de temps à autre des formes dépourvues de rayons, et ce caractère purement négatif, régressif, est accompagné d’autres modifications caractéristiques : érythrisme, etc. Ainsi, une tourbière à Senecio gaspensis, à Anticosti, ne contient que des individus sans rayons et teintés d’anthocyane. L’origine des milliers d’individus modifiés de la même manière ne peut guère s’expliquer que par la persistance des caractères modifiés chez les individus issus de graines : il s’agit d’une véritable mutation, qui a reçu le nom de f. verecundus, mais qui mériterait probablement un nom spécifique.

Senecio pseudo-arnica, capitule, feuille

Flore laurentienne, figure 205, dessin  frère Alexandre.

Le genre Senecio présente, le long des rivages du golfe Saint-Laurent, une grande espèce halophytique, le S. pseudo-arnica. C’est une plante de forte taille, pouvant atteindre presque deux mètres de hauteur, vigoureuse, d’un beau vert sauf à la base, très charnue, fortement tomenteuse vers le sommet et dans l’inflorescence. Les capitules sont larges d’environ cinq centimètres, et sont munis de rayons définis, de deux ou trois centimètres de longueur. Or, on trouve dans la Minganie (île du Havre de Mingan), des plantes rougeâtres, peu velues, et portant des capitules dont les rayons, d’environ deux millimètres de longueur, ne dépassent que peu ou point les fleurs du disque. C’est le Senecio rollandii, qui forme, sur plus d’un mille de longueur, des colonies luxuriantes, insérées brusquement dans le cordon littoral de S. pseudo-arnica qu’elles interrompent de place en place sur une longueur d’environ un mètre. On n’observe aucun intermédiaire, ni aucune trace de parasitisme ou de dégénérescence. Il s’agit encore ici d’une mutation bien définie, qui peut se produire dans toute l’aire de l’espèce.


46° 37' 51" N - 072° 04' 21" O, imposantes colonies, 4e rang, Grondines-Station, Deschambault-Grondines, le 1er juin 1994. Photo 940528/13.
Crataegus sp, aubépine.

Si nous passons maintenant au grand genre Crataegus, ― le groupe des aubépines,  nous trouvons un cas encore plus caractéristique, celui d’un genre en pleine crise de mutation.

L’étude de la flore fossile, aussi bien que celle de la flore vivante générale, laisse entendre que le développement des espèces ne procède pas sur tous les points à la fois, ni à la même vitesse, comme une marée qui s’avance sur un rivage, mais que ce développement rappelle plutôt la progression, en apparence désordonnée, des troupes sur un long front de bataille. Ce sont des explosions, des expansions soudaines de certains groupes particuliers : genres, familles, ordres, classes, qui explorent pour ainsi dire toutes les possibilités d’une certaine formule d’organisation pour retourner ensuite à l’immobilité relative ou absolue, et quelquefois disparaître entièrement. Rappelons, pour mémoire, l’expansion apparemment soudaine des ptéridospermées au Carbonifère, celle des angiospermes à la fin du Crétacé, et parmi les angiospermes, la récente et formidable évolution des composées.

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Frère Marie-Victorin (1885-1944)
Flore laurentienne, p. 64 .


le mercredi 2 avril 2003
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