Recensement des richesses végétales vasculaires naturelles de la vallée du fleuve Saint-Laurent  

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Nichole Ouellette
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Flore laurentienne
Frère Marie-Victorin (1885-1944)

Dynamisme de la flore laurentienne :
Index ] Point de vue dynamique ] Point de vue dynamique ] Facteurs d'évolution ] Termes discontinus ] Termes discontinus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] Termes continus ] [ Termes continus ] Facteurs d'élimination ] Facteurs extrinsèques ] Facteurs extrinsèques ] Conclusion ]

ESQUISSE GÉNÉRALE DE LA FLORE LAURENTIENNE.

II. - DYNAMISME DE LA FLORE LAURENTIENNE.

B.  FACTEURS DYNAMIQUES INTRINSÈQUES.

1. FACTEURS D'ÉVOLUTION PROGRESSIVE.

(b) Évolution à termes continus. (Dernière de six pages : page 1).

Il reste maintenant à examiner une autre cause d’isolement, un autre cas d’insularisme physiologique. Dans un pays comme le nôtre, qui a subi à une époque géologiquement récente l’épreuve de la glaciation, il est d’abord intéressant de constater que presque tous les endémiques certains dont l’origine ne peut s’expliquer par l’isolement durant le Pléistocène, sont établis dans les estuaires, et particulièrement dans l’estuaire du Saint-Laurent. Nous entendons ici par estuaire,  nous l’avons dit plus haut,  la partie des rivières débouchant à la mer et baignée deux fois le jour par les marées d’eau douce.

Fleuve à Trois-Rivières
Croix île Saint-Quentin
R. Batiscan - fleuve
Battures
Battures de roches
Étiage de novembre

Dans la première partie de cette esquisse, nous avons donné une liste des principaux éléments de cet habitat, et signalé leurs adaptations écologiques à ce milieu spécial. Depuis quelques années, on a étudié avec plus de soin les plantes estuariennes, chez lesquelles on a décelé de notables déviations morphologiques héréditaires, et une plasticité inusitée chez les plantes terrestres ou palustres. Ces déviations ont été diversement considérées et décrites comme espèces, variétés ou formes, tant il est vrai que la notion de l’espèce biologique est encore largement subjective.

L’exemple le plus démonstratif des endémiques estuariens est sans doute le Gentiana victorinii, espèce confinée sur les grèves baignées par les marées d’eau douce, et connue maintenant à peu près tout le long de l’estuaire. L’espèce se rapproche du G. nesophila et du G. gaspensis, deux endémiques des nunataks du golfe Saint-Laurent. Le G. victorinii est-il une espèce ancienne, ou s’est-il formé sur place ? Si c’est une espèce ancienne, il faudrait expliquer d’où elle est venue, et pourquoi elle a disparu des autres estuaires de l’Atlantique où, semble-t-il, les conditions écologiques qu’elle recherche sont toujours présentes. Mais on peut suggérer une autre explication, à savoir : l’évolution du G. victorinii à partir d’un élément reliqual cordillérien de la section Crossopetalae, évolution opérée en tout ou en partie sur les nunataks des montagnes avoisinant la baie Saint-Paul. Les conditions climatiques ayant été bouleversées à la fin de la glaciation, le G. victorinii, ou son ancêtre, aurait été forcé d’adopter cet habitat d’occasion qui lui offrait une certaine équivalence écologique.

Brise-lame Cap Lauzon Glaces en dérive
Cap Diamant
Rivière Saint-Charles

Le G. victorinii est accompagné dans son habitat par un groupe de plantes qui ont été signalées dans l’énumération des espèces de la section estuarienne du Saint-Laurent, et qui accusent des variations profondes et endémiques, d’ailleurs plus ou moins fixées. Toutes ces modifications sont vraisemblablement dues aux mêmes causes, causes que l’on ne peut que conjecturer. Bon nombre de ces plantes de l’estuaire du Saint-Laurent ont pu s’établir sur ces rivages au temps de la mer Champlain, lorsque le climat était notablement plus chaud qu’aujourd’hui. Le retrait graduel de la mer a permis à ces plantes de s’adapter à la déchloruration des eaux. D’autre part, le refroidissement du climat a obligé certaines espèces normalement terrestres à rechercher l’habitat estuarien où, comme l’on sait, la température des eaux offre des particularités remarquables. En effet, à marée basse, le soleil réchauffe la vase. Lorsque le flux commence, l’eau montante s’approprie cette chaleur, et il se trouve alors que la partie basse de la zone intercotidale, baignée par une eau plus chaude que celle des habitats humides des mêmes latitudes, devient, quand elle est peu profonde, un milieu favorable à la vie de plantes aquatiques appartenant normalement à une latitude plus méridionale : Eriocaulon parkeri, Scirpus smithii, Isoetes tuckermani, etc.

D’autre part, la partie supérieure rocheuse de la zone intercotidale qui découvre complètement deux fois le jour, est soumise à des conditions toutes différentes. Il y sévit, la moitié de la journée, à marée basse, une évaporation intense qui en fait un habitat naturellement plus froid que l’habitat situé immédiatement au-dessus de la berge. D’où la persistance d’une florule terrestre plus ou moins subarctique (Astragalus labradoricus, Gentiana victorinii, Allium schoenoprasum var. sibiricum) qui forme un contraste frappant avec la flore aquatique avoisinante, de caractère relativement thermophile.

L’habitat estuarien constituerait donc encore un véritable insularisme physiologique, avec toutes les conséquences que cela entraîne. D’autre part, le rythme incessant d’émersion et d’immersion qui, quatre fois par vingt-quatre heures, modifie profondément toutes les conditions de respiration, de transpiration, de nutrition et de photosynthèse, pourrait bien être un facteur de première importance. Ce rythme estuarien reproduit toutes les phases et tous les chocs du rythme saisonnier, il en est quelque chose comme la haute fréquence, en sorte que l’individu, et par suite l’espèce, vivent pour ainsi dire plus vite, brûlant les étapes qui ont pour terme de nouvelles possibilités biologiques.

Battures île d'Orléans
Formations rocheuses
Battures de L'Islet

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Frère Marie-Victorin (1885-1944)
Flore laurentienne, p. 74, 75.


le samedi 12 avril 2003 - le lundi 30 mai 2011
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- Dernière mise à jour 2017-12-01

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