45º 29' 14.7" N - 073º 32' 43.7" O, section alluviale du fleuve Saint-Laurent,
île de
Montréal, position GPS prise à la sortie du
pont Victoria, à Montréal, le mercredi 22 novembre 2006. Photo Chantal Dubois,
prise sur le pont, Pont_Victoria_003_950.
d) Section alluviale du Saint-Laurent
(Troisième de trois pages).
46° 08' 13.8" N - 073° 02' 00.8" O, Réserve de la biosphère du Lac-Saint-Pierre,
Lanaudière,
MRC D'Autray, Saint-Ignace-de-Loyaula, île Cardin, système racinaire de grands arbres, mis à nu par les variations
saisonnières du niveau de l'eau et l'action mécanique des glaces, le samedi 10 septembre 2005. Photo Saint_Ignace_de_Loyola_002_800_300.
Sur les battures émergeant l’été paraissent tout un groupe d’éléments, les
uns vivaces, les autres annuels. Parmi les premiers, mentionnons quatre
salicacées :
qui, sous une forme arbustive solidement enracinée dans l’argile, peuvent
triompher de la violente action mécanique des glaces ; le Spartina pectinataLink
(= S. michauxianaHitchcock), forte graminée à souches stolonifères rayonnantes,
qui forme le « foin de grève » sur toute cette section ; le Polygonum coccineum
et le Polygonum amphibium var. stipulaceum dans leurs formes émergées ; l’Apocynum
cannabinum, dont les rhizomes, cheminant horizontalement à une grande
profondeur, défient le labour des glaces. Parmi les plantes annuelles ou
bisannuelles qui s’établissent aussitôt que l’eau se retire, mentionnons :
Bidens frondosa
Cyperus inflexus
Echinochloa pungens var. microstachya (microstachys dans le manuel) Panicum capillare
Plantago major
Toutes ces espèces, et beaucoup d’autres, constituent la flore fondamentale,
la flore d’équilibre de la section alluviale du fleuve. Mais il y a lieu de
tenir compte d’une florule allogène, et plus ou moins labile, formée de plantes
apportées périodiquement par les eaux et les glaces de l’amont. Ces plantes ne
peuvent lutter avec les unités et les associations de la flore d’équilibre. Les
unes, généralement des annuelles, n’ont qu’une existence éphémère :
les autres, plantes vivaces, s’établissent à demeure, mais ne forment jamais
que des stations isolées :
Alisma gramineum var. geyeri
Arisaema dracontium
Justicia americana
Panicum virgatum var. spissum Rumex mexicanus
Sporobolus heterolepis.
Malgré les apports répétés, continués durant des centaines de siècles, la
flore de la section alluviale reste très différente de celle des Grands Lacs, et
beaucoup moins riche. Cela prouve l’importance très relative qu’il faut
attribuer aux plus puissants moyens de transport, dans la constitution des
populations végétales : ces moyens restent toujours sous la dépendance
d’impondérables biologiques infiniment plus agissants.
Il faut enfin mentionner une autre florule allogène, constituée par des
hydrophytes eurasiatiques surtout rhizomateuses, dont la présence sur cette
section peut s’expliquer par les déchets provenant des navires transatlantiques
fréquentant le port de Montréal. Dans les ports proprement maritimes, ce
processus est à peu près inopérant parce que la pression osmotique de l’eau
salée tue la plupart des rhizomes, graines, fruits, etc., que l’on jette à la
mer.
En eau douce, au contraire, ces déchets sont flottés sur les rivages boueux
où ils s’enracinent bientôt, et forment le point de départ de colonies qui
peuvent subsister très longtemps et devenir même envahissantes. À cette florule
appartiennent: Rorippa amphibia et ses multiples formes écologiques, Carex disticha,
Carex nutans, Alisma gramineum, Lythrum salicaria, et surtout
Butomus
umbellatus. Cette dernière espèce, que l’on a commencé à remarquer vers 1900,
est maintenant l’une des plantes dominantes de la section alluviale. Grâce aux
innombrables bulbilles qui se détachent des rhizomes à l’automne, le butome
déplace la végétation indigène, tant sur les battures émergées qu’en eau
profonde où il s’établit sous une forme stérile à feuilles rubanées très
allongées (f. vallisneriifolius). La seule plante capable de lutter avec le
Butome est le Lythrum salicaria, aussi introduit d’Europe, à une date inconnue
mais ancienne, et qui forme d’immenses colonies pures tout le long de la section
alluviale du Saint-Laurent, donnant souvent au paysage sa note caractéristique.