Le fleuve Saint-Laurent finit officiellement à la Pointe-des-Monts, et cette
limite est suggérée ou imposée par un large éperon du massif précambrien de la
côte nord, qui rapproche les deux rives, jusque-là régulièrement divergentes.
Passé la pointe de Monts, les côtes s’éloignent à nouveau, et tandis que la côte
sud s’arrondit harmonieusement pour entourer le lobe gaspésien, la côte nord
court vers l’est, presque en ligne droite, jusqu’à la pointe au Maurier, vers le
60° degré de longitude, pour s’infléchir ensuite vers le détroit de Belle-Isle.
La flore des deux côtes n’offrirait rien de particulier sans quelques plantes
reliquales déjà mentionnées, qui habitent les rivages maritimes de la Gaspésie,
et sans les plantes subarctiques ou de l’Europe boréale qui, sur la côte nord,
garnissent les rivages presque au niveau de la mer :
Tels sont, rapidement esquissés, les traits floristiques principaux et les
modalités particulières du fleuve Saint-Laurent, entendu au sens large, et
considéré comme milieu biologique pour les plantes vasculaires. C’est un domaine
végétal riche et varié, plein de couleur et de vigueur, jeune dans ses unités et
ses associations, constitué presque totalement depuis l’époque pléistocène, et
subissant à la période actuelle, un certain bouleversement causé par
l’hominisation de la nature. Plusieurs des grands problèmes généraux que soulève
aujourd’hui l’étude de la biosphère, sont posés ici avec beaucoup d’ampleur. À
ces titres, il faut considérer comme l’une des grandes unités floristiques du
monde, la flore vasculaire du Saint-Laurent, le plus vieux et le plus beau des
fleuves de la terre.