Les photos d'André Cloutier (1918-), cultivateur et bûcheron de
Saint-Prosper-de-Champlain, illustrent à merveille les propos du
frère Marie-Victorin, à la page 76, de la
Flore laurentienne. Comme tant d'autres, à 14 ans, le jeune Cloutier monte au chantier avec son père, ses oncles, ses frères, ses voisins. Ils y travaillent tout l'hiver. Quand il raconte les chantiers, l'air inspiré d'André Cloutier exprime des temps heureux.
Les photos de cette page datent de l'époque de la parution de la Flore
laurentienne, en 1935. L'armée de bûcherons dont parle Marie-Victorin, ce sont ces hommes embauchés par de grandes compagnies forestières.
... Mais de tous les facteurs extrinsèques capables de déclencher dans les flores une certaine intensité de dynamisme, il n'en est peut-être pas de plus puissant, de plus rapide en tout cas que le plus récent en date, celui dont nous pouvons toucher du doigt les effets : l'introduction dans la mêlée des forces terrestres, d'un élément d'essence différent et particulièrement agissant : l'intelligence de l'homme.
vers 1935
lac Saint-Jean
brancard à pitounes, tiré par un cheval, chemin de glace dans le bois
« aux eaux mortes, deux travers pour traverser pour étendre aux collets pour du lièvre
»
André Cloutier (1918- ), 14 ans, cultivateur et bûcheron
Depuis un temps immémorial il a réduit en servitude un certain nombre d'animaux et de plantes. Pour propager ces dernières, il a dû s'employer à détruire la flore naturelle.
Quand l'abri des cavernes et la tente de peaux de bêtes cessent de lui suffire, l'homme, muni de la hache de pierre, attaque l'arbre, ouvre la forêt. Le déboisement de la planète commence, le déboisement, lutte d'un facteur spirituel contre les forces brutales de la Nature.
« campe » en bois rond
Charles Gravel
Benoît Cloutier
Dynamisme violent lui-même, le déboisement déclenche automatiquement toute une série de réactions dynamiques dans les facteurs écologiques et dans les flores qui en dépendent. Là où la prairie artificielle persiste, maintenue par une lutte de chaque jour, le climat se modifie.
Photographie prise vers 1935, au lac Côté, au lac Saint-Jean.
Nous voyons une partie des 5 à 6000 cordes de bois entassées sur la glace, autour du lac.
5 à 6000 cordes de bois, ça prenait la rivière,
ça s'en allait par la Lièvre, La Tranche, jusqu'au Saint-Maurice et La Tuque.
Le bois prêt pour la drave attend le dégel printanier pour descendre une série de rivières, jusqu'à Shawinigan,
Grand-Mère et Trois-Rivières, pour les grandes compagnies forestières.