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Ces créations onomastiques sont surtout remarquables dans le domaine des arbres
forestiers où elles sont la nomenclature d'une systématique populaire
élaborée dans les premiers temps de notre histoire coloniale.
Les pionniers de ce pays, bien que souvent des hommes instruits, n'étaient ni des lettrés ni
des savants, sauf exception. C'étaient d'aventureux capitaines, des
missionnaires, des soldats. C'étaient surtout des colons recrutés dans le bon
peuple de la Normandie, du Perche et du Poitou. Au débarquer de leurs
vaisseaux, ils trouvaient, leur barrant la route, une
nature nouvelle.
Pour la plupart soustraits à toute influence livresque, à toute doctrine d'école, ils
apportaient de France, avec leur petit baluchon d'idées, un système botanique
rudimentaire, une série de termes simples exprimant une classification pratique
des plantes utiles ou nuisibles à des travailleurs du sol, à des éleveurs, à
des bûcherons.
Les voici maintenant aux prises avec cette nature grandiose, sauvage, au visage
étranger et mystérieux.
Pionniers de ce monde nouveau, aucun produit du sol ne
leur est plus important que l'arbre, que les arbres.
Aussi, parce qu'il leur faut du bois de charpente, du
bois d'ébénisterie, parce qu'il leur faut le tan
et la résine, parce qu'il leur faut surtout le
combustible, nos pères, malgré
le risque du scalp, vont-ils résolument adosser leurs
maisons à la forêt.
Mais cette forêt elle-même, si pleine de ressources, est en même temps pour
eux pleine d'inconnu et de mystère. La botanique populaire et tout utilitaire
apportée de France est en défaut ; elle ne les renseigne pas sur les qualités
essentielles de résistance et de durée de ces arbres étranges qui, de toutes
parts, s'offrent à leurs yeux. Tout est à expérimenter, tout est à apprendre.

Mauricie,
MRC Les Chenaux,
Saint-Prosper,
route de la Station, ruisseau enjambé par le chemin de bois qui mène à l'érablière Pierre Cossette, le samedi 10 octobre 2009,
photo Circuit_2009_101_800
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Cependant ils ont une base, des cadres, puisqu'ils peuvent distinguer génériquement le
sapin, le pin, le chêne, le tilleul, le charme,
le hêtre, l'orme et quelques autres arbres. Devant le tilleul, le hêtre, le charme,
dont ils ne voient qu'une seule espèce, proche parente de celle qu'ils
connaissaient en France, ils infèrent une analogie de propriétés et de
qualités utiles. Mais la situation est tout autre pour les conifères qui, à
cause de leur abondance et de leur utilité, importent beaucoup plus au point de
vue du colon.
Les pins du nouveau monde sont fort diversifiés et différents de
ceux de France, à la fois par le feuillage et par le cône. Le tsuga américain
est un objet nouveau. L'épicéa et le mélèze, plutôt alpins ou subalpins en
France, sont inconnus de ces gens venus pour la plupart des provinces de basse
altitude.
Frère Marie-Victorin (1885-1944)
Flore laurentienne 1935, p. 5, 6.
le vendredi 11 janvier 2002 - le mardi 9 juin 2009
constante mouvance de mes paysages intérieurs
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