|
Adopter, délimiter, décrire en les dépouillant de leur cortège de
variétés, de larges espèces linnéennes contrôlées autant que possible par
des critères éprouvés, constitue la partie essentielle de ce travail. Mais
sur ce squelette qu'est généralement une flore, nous avons voulu mettre un peu
de chair et de peau, faire courir dans ce grand corps les effluves de la vie. Les
espèces végétales sont situées dans un système d'antécédences
temporelles et spatiales. Le cycle vital de chacune d'elles est une histoire qui
se raconte, et toutes ces histoires s'enchaînent, s'engrènent, s'équilibrent
dans la grande mosaïque que composent à la surface de l'exceptionnelle
planète Terre, les innombrables vies végétales et animales. Enfin, les
plantes ont mille points de contact avec l'homme, s'offrant à lui, l'entourant
de leurs multitudes pour servir ses besoins, charmer ses yeux, peupler ses
pensées : elles ont en un mot une immense valeur humaine.
Fortement pénétré de ces points de vues, nous avons cru bon de briser avec
une tradition plusieurs fois séculaire qui veut que les flores soient des
catalogues nus, égalitaires, froidement descriptifs, et nous avons ajouté à
la suite des espèces, toutes les fois que cela a été possible, des notes
exposant les faits bio-écologiques, les relations phytogéographiques ou
phylogéniques, l'élaboration des substances actives, les particularités
onomastiques, les éléments esthétiques, les nombres chromosomiques (voir au
glossaire le symbole « n =»), les usages, etc. En indiquant, le cas
échéant, les usages médicaux, nous voulons cependant mettre le lecteur en
garde en lui rappelant que nombre de ces usages sont sujets à caution et n'ont
pour base que l'ignorance, la superstition et l'indéracinable
doctrine moyenâgeuse des signatures.
 |
Page frontispice de la
Flore laurentienne, édition de 1935.
|
Ces notes diverses sont le fruit de nombreuses observations personnelles, et du
dépouillement d'une immense bibliographie dont il n'a pas été possible
d'indiquer les sources dans un ouvrage de cette sorte. Il est bien entendu que
la connaissance de la flore d'une province quelconque de l'Amérique, et
l'ouvrage qui expose cette connaissance, représentent la synthèse des travaux
et des publications d'une multitude de botanistes vivants et morts; mais
l'indication complète des sources étant ici une impossibilité physique, il a
paru préférable de les omettre systématiquement. Notre but en écrivant ces
notes a été d'abord de faire de la Flore laurentienne quelque chose de vivant
et d'humain. Il a été ensuite d'inviter le botaniste amateur et l'étudiant à
contrôler les observations, à refaire les expériences, à ajouter au capital
de connaissances, à contribuer pour leur part à dégager la vraie figure
biologique de chacune des plantes qui vivent sous notre ciel.

Rumilly Robert (1897-1983). «
Le frère Marie-Victorin et son
temps
», Édition des Frères
des écoles chrétiennes, Montréal, 1949. Photo p. 60. |
Le frère Marie-Victorin découvrant le chardon de Mingan (
Cirsium
minganense
), l'un des endémiques les plus remarquables du golfe Saint-Laurent.
|
Frère Marie-Victorin (1885-1944)
Flore laurentienne 1935, p. 8.
|