Il semble que l'on ne puisse mieux aborder un traité, même élémentaire,
des espèces de la flore laurentienne, que par une large vue d'ensemble sur
cette flore elle-même. Cette vue d'ensemble, en effet, dessine les lignes
maîtresses d'un tableau où viendront s'inscrire, chacune en son lieu, de
nombreuses unités floristiques; elle met en évidence les caractéristiques et
les relations des populations végétales, caractéristiques et relations qu'il
est important de marquer et de comprendre pour elles-mêmes sans doute, mais
aussi et surtout, parce qu'elles nous aident à pénétrer mieux la nature
intime des unités mystérieuses qui composent le grand bloc de la vie.
Tombée du jour à Grondines, près du quai et des baies, le dimanche 15 novembre 1998. Photo
981113/13a,
autres photos.
Mais cette vue d'ensemble, qui a pour but de dégager la figure de
l'important fragment de la biosphère qui correspond à la Laurentie, suppose la
considération simultanée de deux points de vue. Il s'agit, avant tout,
d'étudier un grand système que pour des raisons de commodité nous supposons
en état d'équilibre : c'est le point de vue statique.
Mais les associations qui composent les flores sont en réalité des mosaïques vivantes où
lentement, parallèlement à l'évolution physique des facteurs écologiques, et
même indépendamment de cette évolution, se font des substitutions
d'éléments. L'équilibre qui nous frappe par son apparente stabilité, n'est
que l'équilibre de l'ensemble et non l'équilibre des parties; il n'est qu'une
résultante, un produit qui reste sensiblement le même, au moins durant de
très longues périodes, mais dont les facteurs sont soumis à de perpétuels
changements d'ordre et de valeur. Il y a donc dans les sociétés biologiques un
mouvement continu qu'il faut analyser : c'est le second point de vue, le point
de vue dynamique.