— Plante vivace à rhizome rampant ; rameau aérien (longueur 10-30 cm) portant 1-3 feuilles réniformes à 3-7 lobes arrondis ; fleurs blanches, solitaires au bout des tiges ; fruit sphérique, d'abord rouge, puis ambré et translucide. Floraison estivale. Situations subarctiques et tourbières. Abondant au nord et autour du golfe Saint-Laurent mais manque dans la plaine du Saint-Laurent et dans tout l'ouest du Québec.
Cette espèce circumboréale descend en Amérique jusqu'à la Colombie-Britannique à l'ouest, et à l'est jusqu'aux montagnes du New-Hampshire (avec une colonie erratique à Long Island). Dans le Québec, elle abonde dans l'Ungava et autour du
golfe Saint-Laurent (Côte-Nord,
Anticosti,
Minganie,
Gaspésie). Elle atteint ses stations extrêmes dans les tourbières de
Rimouski, de Témiscouata, de l'île aux Coudres. La bio-écologie de cette plante l'isole de tous les Rubus et de toutes les rosacées. Elle présente des particularités remarquables aux divers points de vue de la distribution, de la propagation, de l'adaptation au milieu, des associations avec les autres plantes du nord. Sa distribution, bien que très boréale, n'est pas arctique ; elle occupe plutôt la partie nord des continents qui bordent l'océan Arctique. Elle croît typiquement dans les tourbières à sphaignes, mais on la trouve aussi dans les habitats secs, sur les tapis de lichens, et sur les roches acides. La propagation se fait surtout, et d'une façon très efficace, par voie végétative, au moyen de longs et profonds stolons qui se ramifient et produisent des pousses nouvelles qui restent reliées avec la plante-mère. Les fruits, à tégument très dur, demandent une longue surmaturation pour germer. Aussi les plantules sont elles très rares. D'ailleurs, le sol de la tourbière est déjà si fortement occupé qu'il y a peu de chance d'espace pour de nouvelles germinations. Enfin, les animaux, qui sont friands des fruits, les détruisent généralement.
— La pousse, en apparence si simple, du R. chamaemorus demande une longue période de préparation : elle ne déploie ses feuilles que la troisième année. Ce lent développement est caractéristique des plantes arctiques
— La ronce petit-mûrier est le seul « fruitage » à la disposition de nos populations de la Côte-Nord et, d'Anticosti. Complètement mûr, le fruit est d'une belle couleur ambrée. Comme il n'est pas sucré, il doit se manger frais, ou confit dans beaucoup de sucre. Dans l'est du Québec, où il abonde, on désigne ce fruit sous les noms de blackbière (ou plaquebière) et de chicouté. Chicouté est un mot montagnais qui signifie « feu », allusion à la couleur rouge du fruit avant maturation complète. Blackbière semble à première vue un anglicisme et une corruption de blackberry, mais comme le fruit n'est pas noir, cela n'aurait aucun sens. La clef de l'énigme est plutôt dans ce passage de DUHAMEL DU MONCEAU (1755) : « M. GAULTIER, médecin du Roi à Québec, m'écrit que ce qu'on appelle en Canada : Plat-de-bierre est un véritable framboisier nain qui croît sur les rochers du nord, à Merigan (sans doute Mingan), côte de Labrador ». Il semble donc s'agir d'un vieux mot français et plat-de-bierre est probablement une variante de plat-de-bièvre, c'est-à-dire : nourriture du castor.