À partir du
lac Saint-Pierre, les conditions écologiques du Saint-Laurent
subissent un changement radical. La progression lente et continue de la grande
masse d’eau douce fait place graduellement au régime de la marée de refoulement,
où deux fois par vingt-quatre heures, les rivages subissent une courte
alternance d’émersion et d’immersion. Nous désignons sous le nom de section
estuarienne, - c’est une acception particulière du terme, - la portion du fleuve
sous puissance des marées d’eau douce. Cette section va de la décharge du
lac
Saint-Pierre jusqu’au comté de l’Islet.
Le dimanche 1er août 1999, photo 990802/0a,
640 x 480 pixels.
Battures à marée haute, fleuve Saint-Laurent, Sainte-Anne-de-la-Pérade.
Les grèves intercotidales de la section estuarienne possèdent une riche flore
d’endémiques et de reliques dont l’origine pose des problèmes dynamiques sur
lesquels nous reviendrons plus loin. Les plus remarquables de ces plantes,
spéciales ou presque, à l’habitat estuarien sont :
Toutes ces plantes sont adaptées d’une manière ou d’une autre, et parfois
d’une façon extraordinairement efficace, aux conditions de vie spéciales créées
par les marées d’eau douce. Elles sont en général pauvres en parenchyme
chlorophyllien et n’offrent pas de grandes surfaces foliaires pouvant donner
prise à l’action mécanique de l’eau. Elles sont souvent annuelles ou
pérennantes, l’érosion et la sédimentation continuelles permettant difficilement
aux plantes à souche ou à rhizome (Scirpus validus var. creber,
S. acutus) de s’emparer du terrain.
Assez curieusement, certaines espèces qui, dans l’ouest du Québec, n’ont
aucune préférence hydrophytique, viennent ici se réfugier dans la zone
intercotidale de l’habitat estuarien, en vertu de quelque convenance écologique
probablement liée à la température de l’eau. Telles sont :
Aster simplex
Gerardia paupercula var. borealis
Lilium canadense
Dès que l’on s’élève au-dessus de la zone intercotidale, les rivages du
Saint-Laurent, dans la section estuarienne, n’offrent rien de très spécial, sauf
que les graviers et terres meubles accumulés par l’action mécanique des grandes
marées offrent des conditions favorables à certaines plantes, comme par exemple
aux Oenothera, qui y sont extrêmement diversifiés :